À propos du projet IFADEM et de l’expérimentation « Apprentissage assisté par mobile » Madagascar

Introduction

Soutenu par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), l’Agence française de développement (AFD), l’opérateur de télécommunications Orange, l’Institut national malgache de formation pédagogique (INFP) et l’École normale supérieure d’Antananarivo, le projet IFADEM-Madagascar a pour mission principale la formation continue d’enseignants du primaire en poste. L’expérimentation mise en place consiste à améliorer les compétences professionnelles des enseignants du primaire dans l’enseignement du et en français, en mettant en œuvre un dispositif de formation partiellement à distance. La phase pilote menée à Madagascar sur près de 500 instituteurs s’est doublée d’une expérimentation « Apprentissage assisté par mobile » avec pour objectif de faciliter cette formation en fournissant aux enseignants et à leurs tuteurs des téléphones portables.

La présente synthèse a pour objectif de rendre compte de ce projet. Pour cela nous nous sommes appuyés sur les 3 documents suivants :

Rapport d’évaluation externe

Programme de formation continue à distance des maîtres (IFADEM) à Madagascar. Lethuillier, G., Jaillet, A. et Jarousse, J-P. (2013). Consulté le 25 septembre 2014 : http://ifadem.org/sites/default/files/divers/eval_ifadem_mada_final_26fev2014_der.pdf

Dans le cadre d’une évaluation externe commanditée par l’AUF et l’AFD, Gyslaine Lethuillier, Alain Jaillet et Jean-Pierre Jarousse s’appuient sur cinq critères d’évaluation du projet IFADEM à Madagascar dont « la pertinence », « l’efficacité », « l’efficience », « l’impact », et « la viabilité ».

La pertinence

Les chercheurs constatent que l’initiative IFADEM est au service de l’enseignement et de l’amélioration de sa qualité. Ils montrent aussi que les téléphones mobiles sont une solution « réaliste » dont le coût demeure « maîtrisable », même si le programme reste à parfaire. Ils notent cependant une difficulté d’accès au centre de formation équipé en ordinateurs spécialement créé pour l’expérimentation, en raison de l’éloignement des enseignants et de la très mauvaise qualité du réseau routier, et se questionnent sur son avenir.

L’efficacité

Selon les auteurs, l’initiative IFADEM est efficace dans la mesure où elle permet de répondre à une série d’objectifs. L’usage des téléphones portables est dans le contexte malgache opportun. Toutefois, les observations menées ont également permis de montrer des disparités au niveau des compétences pédagogiques des tuteurs, de la maîtrise du français et de la prise en main par les enseignants des outils techniques. La longueur de la formation nécessaire à la maîtrise des téléphones (dont 150 smartphones) a été sous-estimée.

Les évaluateurs questionnent également le niveau des livrets de formation papier proposés aux instituteurs, les estimant d’un niveau trop élevé par rapport à la cible. Malgré ces difficultés, les chercheurs soulignent l’enthousiasme des enseignants vis-à-vis de l’expérimentation ainsi qu’une évolution de leurs compétences professionnelles.

L’efficience

Les dépenses engagées à Madagascar sont a priori plus faibles que dans les autres pays concernés par l’initiative IFADEM. Les chercheurs concluent que l’expérimentation n’a pas été « exagérément coûteuse » et ce, malgré le recours à l’innovation supplémentaire « Apprentissage assisté par mobile ».

L’impact

Les chercheurs distinguent ce qui relève d’une part de l’initiative, et d’autre part de la mise en œuvre. Les observations en classe mettent en lumière qu’il y a eu une appropriation pédagogique d’IFADEM et que les enseignants ont employé les ressources à leur disposition. Cependant, les chercheurs soulignent que les difficultés liées à la maîtrise des livrets ne garantissent pas la stabilisation de l’ensemble des démarches pédagogiques sans formation complémentaire.

La viabilité

Pour les évaluateurs, la viabilité du projet tel qu’il a été mené suscite certaines interrogations. Le public ciblé, à savoir les enseignants fonctionnaires, ne semble pas être prioritaire par rapport à la situation actuelle dans le système éducatif malgache. L’immense majorité des enseignants est composée d’enseignants contractuels. Ils notent également que depuis plusieurs années, il existe un problème d’absence de politique nationale en matière de recrutement/formation des enseignants et que cela donne parfois l’impression que ce sont les projets qui tiennent lieu de politique éducative.

Conclusion

En conclusion, les évaluateurs soulignent que la formation IFADEM a permis aux enseignants bénéficiaires de progresser socialement et professionnellement. Le recours à l’usage du téléphone portable apparaît dès lors comme très prometteur puisque les téléphones sont désormais disponibles à bas prix dans les grandes villes et que ces derniers utilisent les réseaux existants et ne nécessitent pas, au moins dans un premier temps de mettre en place des infrastructures lourdes et coûteuses.

 

Retour d’expérience de l’utilisation du mobile dans le dispositif de formation continue des enseignants du primaire à Madagascar

Gire, F. et al. (2013). Retour d’expérience de l’utilisation du mobile dans le dispositif de formation continue des enseignants du primaire à Madagascar. Consulté le 25 septembre 2014 : http://www.ifadem.org/sites/default/files/divers/rapport_de_techerche_mobile_madagascar_dec_2013.pdf

Cette expérimentation a pour objectif de faciliter la formation des enseignants du primaire par le biais de l’usage des téléphones mobiles. Ce projet soutenu par l’AUF, l’AFD, l’INFP et Orange a fait l’objet d’un accompagnement par la recherche, en partenariat avec l’ENS d’Antananarivo auprès de 436 enseignants et 22 tuteurs afin de rendre compte d’un retour d’expérience de ces acteurs. Ils ont tous été équipés d’un téléphone portable (350 appareils basiques et 150 smartphones). Grâce à un abonnement « flotte » ils pouvaient communiquer gratuitement entre eux autant qu’ils le souhaitaient. L’objectif de l’usage du téléphone était de créer un niveau de communication permanent afin de maintenir la motivation, relancer l’intérêt, pendant toute la durée du parcours de formation.

Analyse du questionnaire d’auto-évaluation

Lors du premier regroupement des instituteurs, il a été demandé aux participants de remplir un questionnaire dans lequel ils devaient rendre compte de leurs compétences d’usage du mobile. Globalement, les réponses révèlent un certain degré de maîtrise du fonctionnement du téléphone mobile. En effet, parmi eux, 90 % s’estiment capables d’utiliser les fonctionnalités fondamentales du mobile de type allumer, éteindre, brancher, décrocher et raccrocher. 65 % ont déclaré être capables d’utiliser d’autres fonctionnalités telles que le réglage sonore, ou encore d’avoir recours aux services fournis par l’opérateur Orange. En revanche, 28 % se déclarent incapables d’envoyer un SMS et 13 % de lire un SMS.

Intérêt de l’usage du mobile

A l’issue du premier regroupement, 95 % des participants trouvent l’initiation à l’utilisation du mobile utilie ou très utile, mais 35 % reconnaissent avoir rencontré des difficultés d’usage, notamment ceux qui n’avaient jamais possédé de téléphone portable auparavant. Comme les évaluateurs externes (cf supra), les auteurs soulignent l’importance dans le contexte malgache d’une formation renforcée à l’utilisation des outils technologiques. Les enquêtes menées après

la fin des 9 mois du parcours de formation, font apparaitre qu’un téléphone de base est aussi efficace qu’un smartphone plus sophistiqué. L’un des rôles des tuteurs a été d’aider les enseignants dans leur maîtrise du téléphone et de son usage pendant le parcours de formation.

Utilisation du téléphone portable pendant et en dehors de la formation

Les 2/3 des enseignants interrogés ont déclaré avoir écouté des fichiers sonores (pour écouter des ressources en français) installés sur les téléphones pendant la formation. Il s’agit d’un taux bien plus élevé que dans les autres pays IFADEM où des radios et des MP3 avaient été utilisés, comme l’ont montré les enquêtes menées auprès des instituteurs et les évaluations externes d’IFADEM au Bénin, Burundi et Haïti 2. Cependant, d’une manière générale, la qualité du réseau mobile, le fait d’avoir déjà possédé un mobile et la circonscription scolaire d’appartenance (zone rurale ou zone urbaine) apparaissent comme les principaux déterminants de l’intensité d’utilisation.

À propos des QCM envoyés par SMS

Au cours de la formation étalée sur une durée de 9 mois, les enseignants ont reçu chaque jour, dans les 5 derniers mois de leur parcours, un QCM envoyé par SMS. Les QCM se rapportaient à leurs livrets de formation. Les bonnes réponses étaient indiquées, les mauvaises réponses les renvoyaient vers les pages correspondantes des livrets. Ceci afin de maintenir leur intérêt et leur motivation.

La campagne de QCM par SMS a connu un succès certain. Le taux moyen de participation de 40% pour un QCM est tout à fait satisfaisant en tenant compte que la couverture du réseau mobile privait de réception régulière près d’1/3 des enseignants. En revanche, en dehors de la participation à la campagne de QCM, le SMS est peu utilisé. La participation à la campagne QCM conditionne largement les résultats aux évaluations finales organisées à la fin du parcours de formation. Toutes choses égales par ailleurs, plus la participation à la campagne de QCM est assidue, meilleures sont les notes obtenues.

Enfin, le rapport met en évidence plusieurs possibilités d’usage du téléphone mobile en dehors de la formation. En effet, en moyenne 9 enseignants sur 10 ont déjà utilisé au moins une fois le lecteur, l’appareil photo, la calculatrice ou encore le dictaphone. Surtout des usages non prescrits pendant la formation, comme l’écoute des fichiers audio en classe, ont été constatés.

À propos d’un centre universitaire de formation des enseignants et des formateurs

Ben-Abid-Zarrou, S., et Pourcellot, C. (2013). Une analyse du Centre universitaire de formation des d’enseignants et des formateurs. Consulté le 25 septembre 2014 :
http://ifadem.org/sites/default/files/divers/rapport_questionnaire_instit_mulhouse_juin2013_der.pdf

En premier lieu, l’analyse des questionnaires, menés auprès de 425 enseignants. Les analyses portent sur la satisfaction des enseignants vis-à-vis de l’initiative IFADEM. La majorité des enseignants souligne que les livrets ont été clairement présentés pendant les regroupements. Des outils tels que le dictionnaire ou les grammaires ont été utilisés pendant la formation. En outre, les téléphones portables ont été employés par les enseignants durant toute la durée de leur parcours de formation (9 mois).

En ce qui concerne le tutorat, la majorité des enseignants déclare que les tuteurs leur ont permis de surmonter des difficultés, de comprendre des contenus théoriques, de travailler en partenariat durant des activités collectives, et d’utiliser le téléphone portable. De plus, 90 % des enseignants disent que l’utilisation des téléphones mobiles leur a permis de progresser, ce qui apparaît comme une importante satisfaction.

Dans la mesure où beaucoup d’enseignants possédaient déjà des téléphones portables, la quasi-totalité a déclaré « son utilisation facile » (p.48). Toutefois, il apparaît que l’accès à l’électricité dans les écoles et la couverture réseau posent des difficultés à la majorité des enseignants en zones rurales et périurbaines. Par ailleurs, plus de 90 % des enseignants déclarent que les livrets leur ont donné la possibilité de faire plus de cours en français, d’employer les méthodes décrites au sein de leur classe, et de faire progresser leurs élèves.

Conclusion générale

A propos de la formation des enseignants du primaire, Gyslaine Lethuillier, Alain Jaillet et Jean-Pierre Jarousse émettent plusieurs pistes de réflexion afin d’optimiser l’initiative IFADEM. En premier lieu, ils proposent d’améliorer l’efficience du dispositif en l’agrandissant géographiquement pour toucher davantage de personnels, dont notamment les enseignants FRAM. Par ailleurs, ils remarquent qu’il serait intéressant d’améliorer l’efficience de la formation des formateurs et ce, dans le but d’accroître leurs compétences professionnelles en termes d’animation pédagogique et de niveau en français. Par ailleurs, il serait nécessaire, d’après les chercheurs, de simplifier et d’adapter les livrets en matière de termes et de contenus, et également de revoir certains aspects techniques

Malgré des difficultés, l’usage du téléphone mobile apparaît comme un instrument de formation intéressant car il permettrait aux enseignants malgaches une certaine maîtrise du français et en faciliterait son enseignement dans les écoles.

Synthèse : SZ, PT, GLB