Manuels et numérique

Douze documents en langue française ont été sélectionnés et synthétisés au sujet de l’édition de manuels scolaires numériques en Afrique subsaharienne et dans les pays francophones. On peut caractériser ainsi cet ensemble de documents (total : 12) :

Zones géographiques

  • Afrique subsaharienne : 2

  • International : 1

  • Pays francophones : 9

Types de discours

  • Scientifique : 2

  • Militant : 1

  • Marchand : 1

  • Vulgarisation : 8

Le corpus est composé par une majorité de documents issus de la presse présentant un discours qui tend à la vulgarisation ; deux documents ont un caractère militant ou marchand et deux autres sont issus de la recherche.

Les textes sont organisés en quatre parties : la première rassemble ceux relatifs aux manuels scolaires numériques dans les pays d’Afrique subsaharienne ; la seconde articule des documents relatifs aux transformations du manuel et du marché des manuels du fait des développements des technologies informatisées ; la troisième est consacrée au point de vue des éditeurs sur ces mutations somme toute assez récentes ; la quatrième et dernière partie rassemble les documents portant sur les pratiques, les perceptions et l’analyse des usages des manuels scolaires, papiers et numériques.

Pour les pays d’Afrique subsaharienne, Léguéré (2004) rend compte des difficultés de l’édition traditionnelle puisque les éditeurs africains sont très peu représentés sur le marché : à la différence de la chaîne éditoriale des pays développés, celles des pays d’Afrique repose sur les États, les bailleurs de fond d’organisations internationales et … les éditeurs des pays développés pour l’essentiel ! Le secteur de l’édition est assez peu institutionnalisé, ce qui entraîne, de plus, un manque de transparence important au plan des transactions financières. Depuis une quinzaine d’années, des initiatives d’ONG ont permis de développer l’offre d’associations d’éditeurs africains mais le secteur des publications scolaires restent encore entièrement à développer.

Menkoué (2013) aborde la question des opportunités du numérique dans ce cadre : il montre la faiblesse de la diffusion d’ouvrages numériques et formule des incitations à ce que les politiques appuient le développement d’une offre de ressources pédagogiques numériques face aux tensions qui caractérisent l’édition traditionnelle. Cet article constitue un exemple des espoirs soulevés par les manuels numériques pour les pays de l’Afrique subsaharienne.

L’Alliance internationale des éditeurs indépendants (2014) évoque la création du laboratoire Alliance Lab et de Bibliodiversity. La première de ces initiatives vise à offrir aux maisons d’édition des possibilités de diffusion ajustées à leurs réalités concrètes et la seconde à une revue électronique pour la promotion de la diversité et l’appui aux transformations des usages éditoriaux appuyés sur une approche interculturelle et interdisciplinaire.

Un document (« Manuel numérique », 2013), disponible sur le portail national pour les professionnels de l’éducation en France, permet d’aborder les transformations du manuel et du marché correspondant du fait des développements des technologies informatisées. Il montre notamment comment les éditeurs jouent des diverses licences existantes pour les ressources électroniques afin d’en contrôler les utilisations. Il met aussi en évidence l’aspect multiforme de l’objet « manuel numérique ». Que quelques fonctionnalités s’avèrent courantes peut figurer un premier signe de stabilisation des caractéristiques de ce que peut recouvrir un « manuel numérique ».

Sur un plan plus analytique, Devauchelle (2013) rappelle que «  le livre […] ne doit pas être analysé de manière séparée de son contexte d’usage ». Pour cet auteur, tant que le modèle scolaire institutionnel n’est pas repensé, l’édition scolaire (numérique ou papier) n’évoluera que de manière peu significative. Il est fait mention des travaux d’A. Choppin qui peuvent appuyer les réflexions au sujet des manuels scolaires.

Un document produit par le CDDP de l’Oise (2014) revient sur les promesses du livre numérique qui évoluerait progressivement vers un « système informationnel ouvert », notamment via l’informatique en nuage. Il pointe aussi les questions vives liées à l’interopérabilité du fait de la démultiplication des artefacts technologiques.

Il est intéressant de relever qu’un dossier composé par les équipes d’Educavox (2014), comportant trois documents distincts, s’ouvre sur la présentation du Groupement des Editeurs Distributeurs d’Educatif Multimédia (GEDEM) dont l’une des principales missions est de favoriser l’interopérabilité des artefacts technologiques. Le second document évoque l’intérêt suscité par les tablettes : elles sont évoquées comme de potentielles remplaçantes du manuel puisqu’elles peuvent faciliter la sélection et l’utilisation de ressources éducatives de manière assez souple en fonction des contextes. Un dernier texte présente les utilisations des smartphones qui sont faites en Suisse et en Angleterre : ils figurent comme des compléments pertinents au manuel et suscitent également un vif enthousiasme révélateur des espoirs à l’endroit de ces artefacts tactiles et mobiles.

Solliec (2010) rappelle la faible part, en France, du manuel numérique au sein du chiffre d’affaires des manuels scolaires (0,6 %) ainsi que la faible part des élèves concernés par ces utilisations (1 % des élèves de 6e en 2010). Elle rassemble aussi les propositions des éditeurs concernant la potentielle « généralisation des manuels numériques »1.

Au plan des pratiques, Jacq (2013) présente le témoignage d’un professeur d’histoire-géographie, particulièrement motivé par l’utilisation de TIC puisqu’il est co-auteur d’un manuel présentant une articulation raisonnée de supports papiers à différentes utilisations de TICE.

Séré & Bassy (2010) pointent des perceptions et des usages pluriels du fait de la diversité des acteurs concernés par les manuels scolaires, numériques ou non. Ils montrent également que le manuel numérique se penserait davantage comme un service que comme un objet. De ce fait, les fonctions de concepteur et d’auteur de manuels tendent à se partager dans des collectifs et dans un espace-temps comprenant les temps de classe eux-mêmes. Avec les ressources en ligne, des producteurs indépendants, des réseaux collaboratifs de conception de ressources apparaissent, entrainant une réduction des coûts. Les éditeurs se sentent menacés et appellent le gouvernement à protéger leurs activités. Au plan des ressources éducatives, les auteurs soulignent le manque de « concertation et de coordination des politiques pédagogiques, éditoriales et financières » et la nécessité d’élaborer une politique qui tienne compte des « exigences, des contraintes et attentes de tous les acteurs impliqués ».

Jarraud (2011) présente un point de vue critique à propos du document précédent. Il précise que la taille très limitée du marché du numérique éducatif aurait gagné à être précisée afin d’offrir une meilleure visibilité des possibilités de développement de manuels numériques. L’auteur se montre aussi critique face à des recommandations qui traduisent une vision de l’utilisation du numérique allant du haut vers le bas et qui, selon lui, est contredite dans la pratique.

Beauné (2013) présente un cadre scientifique comportant sept aspects pour qu’« un programme de dotation en TICE soit effectif ». Elle fait la synthèse de recherches au sujet des manuels numériques dans plusieurs collèges de la région parisienne qui ont montré qu’en général, les équipes pédagogiques étaient assez déçues par l’offre de manuels numériques : ils sont peu interactifs et posent des problèmes techniques, notamment en termes d’interopérabilité. Les recherches ont également mis en évidence la contrainte que représentent les licences des manuels numériques : elles gênent les pratiques de re-conception des ressources et limitent celles interdisciplinaires. L’auteure pose la question de la prise en compte des retours d’utilisateurs par les concepteurs mais elle souligne que les enseignants ne manifestent pas de découragement vis-à-vis des TIC. Ce qui donne à réfléchir quant aux trajectoires d’usages des manuels numériques, encore assez largement débutante.

(AB)

1 « Le développement de la formation continue au numérique des enseignants ; la mise en place d’un accompagnement technologique ; la clarification des conditions de concurrence et respect des droits d’auteur ; la clarification des prises en charge état – collectivités ; l’harmonisation de la TVA à 5,5 % entre supports papier et numérique ».

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