Pratiques et recherches sur les utilisations de manuels numériques

Le Café pédagogique co-publie son premier manuel scolaire (2013)

Jacq, G. (2013). Le Café pédagogique co-publie son premier manuel scolaire.
Consulté le 07/01/14, à l’adresse :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/04/24042013Article635023867854614089.aspx

Donner une place de choix aux TICE en tant que moyen a été une des raisons principales qui a motivé Guillaume Jacq dans la co-publication d’un manuel scolaire en histoire-géographie. Le manuel en question repose sur le principe suivant : « 36 fiches (une pour chaque situation décrite dans les programmes […]) permettant de compléter le manuel-papier par une activité mettant en œuvre les TICE ».

L’auteur interviewé a trouvé opportun de partir du vécu de ses élèves, assez doués avec l’internet du loisir, pour leur inculquer un certain savoir-faire avec l’internet des études. Pour lui, travailler avec les TICE donne un plus grand sens à son enseignement en établissant une cohérence entre l’autonomie, l’approfondissement et la remédiation. Les technologies éducatives peuvent contribuer à valoriser le travail des élèves.

Synthèse : AO

Le manuel scolaire à l’heure du numérique – Une « nouvelle donne » de la politique de ressources pour l’enseignement (2010)

Séré, A., & Bassy, A.-M. (2010). Le manuel scolaire à l’heure du numérique. Une « nouvelle donne » de la politique des ressources pour l’enseignement. (n°2010-087) (106p.). Paris.
Consulté le 14/01/14, à l’adresse :
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/114000048/0000.pdf

Ce document présente le rapport d’une mission commune de l’Inspection générale de l’Éducation Nationale (IGEN) et de l’Inspection générale de l’Administration de l’Éducation Nationale et de la Recherche (IGAENR), sur les manuels scolaires. Il convient d’observer, dans un premier temps, que les circonstances actuelles de réformes du primaire et du secondaire, la réorganisation de l’enseignement professionnel ont influé sur la direction qu’a prise cette recherche. Le rapport note qu’aujourd’hui, en France, l’offre de manuels scolaires conserve une structuration par discipline et ne tient pas suffisamment compte des mutations des programmes.

Les auteurs soulignent que les usages du manuel sont pluriels, du fait de la diversité de ses utilisateurs et des contextes : l’utilisation qu’en font les enseignants dépend notamment de leur expérience, de leurs pratiques, du niveau dans lequel ils enseignent ou encore des changements de programmes. Du côté des élèves, leurs usages sont « variables selon les disciplines » mais, pour les familles, le manuel scolaire constitue une référence à propos des connaissances à acquérir et de la démarche d’apprentissage proposée à leurs enfants.

L’expansion des technologies informatisées pose une sérieuse concurrence au manuel papier, notamment à propos de sa fonction « documentaire » (présentation de ressources). Une certaine hybridation des manuels a commencé en particulier dans des disciplines comme les langues, via l’adoption d’un format « bi-média » (manuel accompagné d’un CD-ROM ou DVD, ou encore renvoyant à un lien ou une ressource en ligne). En ce qui concerne la fonction d’« offre d’exercices », le numérique (par le biais de l’ENT par exemple) pourrait amener une plus grande personnalisation des activités (modification en temps réel des exercices en fonction du niveau de l’élève).

Plusieurs expérimentations portant sur les manuels scolaires et d’autres composants des environnements numériques de travail, ont été réalisées en France. L’un des points majeurs mis en lumière par les observations reste l’importance primordiale de la démarche pédagogique de l’enseignant faisant usage des TIC et le double-tranchant que celui-ci peut avoir : une démarche frontale pourra ainsi être amplifiée, tandis qu’une plus grande créativité sera permise aux tenants d’une pratique inductive. Les apports dépendent ainsi de « la maîtrise de l’infrastructure réseau » d’une part et de la « formation des enseignants » d’autre part.

Les perceptions des outils informatisés par les principaux acteurs des systèmes éducatifs mentionnés sont diverses. Les élèves admettent consulter des ressources en ligne en particulier chez eux mais ils manifestent des  réactions partagées face à l’usage du numérique à l’école : certains y voient une modalité d’enrichissement de leur pratique scolaire personnelle1, tandis que d’autres restent attachés à des outils plus traditionnels, qui ont modelé leurs trajectoires scolaires.

Pour les enseignants, l’intégration des TIC dans leurs pratiques ainsi que le développement du suivi individualisé des élèves font partie de leurs missions. L’interaction facilitée entre professionnels par les sites wiki est globalement importante et positive ; les enseignants y sont souvent actifs et y échangent des solutions.

Les familles ont une attitude qui oscille entre « craintes et espoirs dans les technologies numériques », attachés à la réussite scolaire de leurs enfants et conscients de la transition vers une économie de la connaissance où le numérique gagne une place prépondérante. Ils considèrent malgré tout le manuel imprimé comme une référence et les ressources numériques comme des compléments.

Les ressources numériques sont désormais inséparables de plusieurs scénarios d’usage, impliquant de multiples acteurs2. Dans ce cadre, le manuel numérique se penserait davantage comme un service que comme un objet. Les fonctions de concepteur et d’auteur de manuels se transforment en conséquence et un travail collectif, qui s’élabore même pendant la classe, s’instaure. En devenant numérique, le manuel scolaire accède au statut de système informationnel ouvert3 et offre « de vastes possibilités de composition » aux utilisateurs.

Le choix des ressources et leur conception ne sont toutefois pas soumis à un encadrement par l’institution. Les auteurs notent ainsi un manque de « concertation et de coordination des politiques pédagogiques, éditoriales et financières » et la nécessité d’une politique générale et locale concertée qui tiennent compte des « exigences, des contraintes et attentes de tous les acteurs impliqués ».

Les auteurs posent en clair la question de l’impact du numérique sur la chaine de production et d’édition scolaires. Le modèle actuel s’appuie sur « l’équilibre fragile » d’une division de la conception, la distribution dépendant majoritairement du secteur privé et le financement principalement du secteur public (écoles, établissements scolaires, conseils généraux). Avec les ressources en ligne, des producteurs indépendants, des réseaux collaboratifs de conception de ressources apparaissent, entrainant une réduction des coûts. Les éditeurs considèrent que « la puissance publique doit à la fois promouvoir et protéger » ce domaine. Les auteurs mettent en lumière « le manque de coordination et de concertation entre l’Etat et les communes » en ce qui concerne les ressources numériques, en particulier le coût du manuel numérique, son mode de financement, le niveau des contributions communales4. La répartition des rôles pour chaque niveau d’acteurs nécessite d’être clarifiée, notamment en ce qui concerne la part et la nature des investissements de chacun (financier, pédagogique…).

Les auteurs présentent en conclusion une série de recommandations sur les thèmes de la formation des enseignants et des corps d’inspection pédagogique, de respect des cahier des charges liés aux programmes, aux répartitions de responsabilités entre Etat et collectivités territoriales etc.

Synthèse : JTT

Quel avenir pour le manuel scolaire ? (2011)

Jarraud, F. (2011). Quel avenir pour le manuel scolaire ?
Consulté le 14/01/14, à l’adresse :
http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/laclasse/Pages/2010/119_2.aspx

Cet article du Café pédagogique revient sur le rapport de Séré & Bassy (2010) analysant l’utilisation des manuels par les élèves et les enseignants, les effets de la numérisation de la société et des ressources éducatives, faisant des propositions de politiques scolaires5.

Les observations des inspecteurs ont montré que la plus-value liée à l’utilisation des manuels numériques est dépendante de facteurs extérieurs et n’est pas liée à leur nature mais à leurs utilisations, elles-mêmes dépendantes des pratiques des acteurs. Les outils numériques ne changent pas les méthodes d’enseignement mais viennent plutôt renforcer la méthode déjà existante (démarche pédagogique frontale ou pratique plus inductive par exemple).

L’auteur de l’article critique le cadre trop général dans lequel les auteurs du rapport placent leur analyse, il juge ainsi que le rapport aborde davantage le thème général de la « numérisation des pratiques des enseignants » que les questions pratiques liées au manuel scolaire numérique. Il estime que le rapport aurait dû tenir compte de la taille très limitée du marché du numérique éducatif, afin d’offrir une meilleure visibilité des possibilités de développement du médium numérique.

Les recommandations faites par les Inspecteurs généraux sont de deux ordres : celui de la formation des acteurs aux usages du manuel numérique et celui des modifications de la « chaîne de prescription en matière de manuels, de ressources et d’outils pour l’enseignement ». L’auteur se montre critique face à ces recommandations qui traduisent une vision de l’utilisation du numérique allant du haut vers le bas et qui, selon lui, est contredite dans la pratique.

Synthèse : JTT

Manuels numériques, TICE au collège (2013)

Beauné, A. (2013). Manuels numériques, TICE au collège.
Consulté le 22/12/13, à l’adresse : www.adjectif.net/spip/spip.php?article239

Cet article présente la synthèse de deux rapports de recherches ayant eu lieu successivement en 2010 puis 2012 au sein de cinq collèges expérimentaux de l’académie de Créteil. Il s’agissait d’analyser les éventuels changements dans les pratiques pédagogiques qui seraient liés à l’implémentation de technologies. Menées par les équipes du laboratoire STEF (ENS Cachan), ces deux recherches ont allié des techniques qualitatives et quantitatives de recueil de données, soit l’utilisation de questionnaires et la conduite d’entretiens et d’observations en salle des professeurs. Le cadre théorique présente sept aspects pour qu’« un programme de dotation en TICE soit effectif », à savoir : le leadership assuré par la direction de l’établissement ; la gestion des rôles de Personne Ressource Informatique (PRI) ; la gestion de l’assistance et de la maintenance des équipements ; les financements ; la politique ministérielle ou académique concernant les TICE ; le soutien apporté aux enseignants ; la place du collège dans son environnement.

Les résultats des analyses ont montré qu’en général, les équipes pédagogiques étaient assez déçues par l’offre de manuels numériques qui sont peu interactifs et qui posent des problèmes techniques (lenteur de téléchargement, incompatibilités avec les plateformes utilisées). Ils ont aussi mis en évidence une tension nouvelle pour les pratiques enseignantes : contrairement aux manuels papiers, ceux numériques correspondent à des environnements fermés par des licences qui contraignent les pratiques de re-conception des ressources par les enseignants et limitent les échanges interdisciplinaires.

Une mise en perspective plutôt optimiste clôt cependant l’article : « la multiplicité des expérimentations ayant lieu dans les établissements considérés ne lasse pas nécessairement les enseignants alors même qu’ils sont confrontés à des objets nécessitant des temps d’instrumentation longs. On s’interroge alors encore : quelles seront les trajectoires d’usages des manuels numériques ? La prise en compte des retours des utilisateurs par les concepteurs favoriserait probablement une meilleure adéquation de l’offre aux attentes ».

Synthèse : AB

1 Ibid, p. 51.

2 Ibid, p. 76.

3 Ibid, p. 83.

4 Ibid., p. 59.

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