Contexte de l’édition scolaire numérique

Quatorze documents ont été sélectionnés et synthétisés afin d’aménager une vision large du contexte et des questions que pose l’édition scolaire numérique en Afrique subsaharienne. Un seul de ces documents comporte des textes en anglais et des textes en français. On peut caractériser ainsi les 14 ressources retenues :

Zones géographiques

  • Afrique1 : 6

  • Afrique subsaharienne : 6

  • International : 2

Objets considérés

  • TICE : 7

  • TNI : 1

  • Autres : 62

En ouverture, deux documents mettent en perspective les questionnements et les promesses liés aux utilisations des TIC en éducation. Balmes (2012) présente les sources du projet VSTICE3, à savoir les interrogations concernant leur potentiel face à l’augmentation du nombre d’apprenants à tous les niveaux d’éducation, au nombre élevé de personnes illettrées et déscolarisées ainsi qu’au problème de qualité des enseignements et des formations.

Bastide (2012) présente deux témoignages : le premier concerne une expérimentation d’un dispositif alliant TBI et un logiciel spécifique au Burkina-Faso qui a permis d’alphabétiser des populations rurales en dix fois moins de temps qu’avec des « moyens traditionnels » ; le second présente un partenariat réussi entre l’université de Yaoundé au Cameroun et une entreprise privée : celle-ci fournissant les équipements dont les jeunes ont besoin pour être formés et pouvant par la suite recruter ses collaborateurs au sein du vivier des nouveaux formés. Ces témoignages sont prometteurs mais il convient de préciser la description du contexte africain afin de construire des perspectives fondées sur la connaissance des terrains.

Quatre articles de recherche rédigés par E.-N. Thibeault précisent les développements infrastructurels, notamment ceux de la fibre optique. Thibeault (2012a) présente des données relatives à la vitalité démographique du continent africain et met en regard son poids démographique avec la part d’internautes sur le continent4. Les prix d’accès à internet en Afrique sont parmi les plus élevés au monde mais l’auteur estime qu’ils pourraient connaître une réduction prochaine de 10 % à 20 % du fait des développements récents de la fibre optique via l’installation de câbles sous-marins.

Un article antérieur (Thibeault, 2011a) précisait que le déploiement de la fibre optique favorise non seulement l’accès mais aussi l’importance du débit. Il cite une étude financée par Cisco System en 2008 qui prévoit un débit 120 fois supérieur en 3 ans.

Thibeault (2012b) éclaire les effets de ce déploiement sur l’offre de téléphonie mobile : permettant le développement de la téléphonie dite de 3e génération, les propositions des opérateurs se sont démultipliées, largement stimulées par ces nouvelles possibilités. Beaucoup d’espoirs sont soulevés par ces développements5. L’auteur rappelle cependant que le coût d’un abonnement internet en Afrique revient à 290 % du revenu mensuel moyen et que la fibre optique n’est pas une technologie sans faille : plusieurs incidents ayant provoqué des coupures de l’accès au réseau ont en effet déjà eu lieu et sont rapportés dans l’article. Il met aussi en évidence le manque général de concurrence lié à la faible intervention des États : la part du privé dans le développement des TIC en Afrique est importante et les développements récents de la fibre ont, en fait, directement profité aux fournisseurs d’accès.

Thibeault (2011b) décrit finalement le manque d’équipement informatique dans les écoles et le rapporte à l’absence de politiques publiques concertées pour leur déploiement, mentionnant que ce sont les parents qui interviennent parfois pour financer la création de salles informatiques. Il présente plusieurs initiatives francophones pour parer ces manques d’équipement6. Le déficit croissant -d’enseignants sur le continent est signalé par l’auteur et on peut s’interroger au sujet du potentiel des TIC sur ce point : dans quelle mesure permettraient-elles de pallier les difficultés dues à ce déficit ?

Huit documents sont ensuite rassemblés dans une section consacrée aux utilisations de TIC en éducation dans les pays d’Afrique Subsaharienne. Le site de l’Observatoire des TIC (2006) donne accès aux études réalisées dans le cadre du réseau PanAf afin de :

mettre en évidence les circonstances amenant les enseignants à utiliser les TICE, de comprendre les réformes éducatives en Afrique, d’analyser les contextes favorables au développement de politiques d’éducation par les TICE en Afrique, de comprendre l’impact des TICE sur l’achèvement scolaire des apprenants en Afrique

Les actions de ce réseau sont réputées pour leur ampleur et l’ouvrage collectif présenté par la suite donne une idée plus précise des résultats obtenus.

Karsenti, Collin & Harper-Merrett (2012) présentent les fruits d’un processus de recherche engagé au sein de 13 pays africains avec des équipes de chercheurs de chacun de ces pays. Les TICE sont présentées comme des solutions potentielles face à l’augmentation de la demande d’enseignement supérieur et à « la carence d’enseignants disponibles en présentiel ». Quatre défis sont identifiés : infrastructurels (ex : panne de réseau), technologiques (ex : manque d’équipement), humains (ex : manque de formation chez les enseignants) et financiers (manque de financement stable et de longue durée). Les travaux permettent aussi de distinguer l’intégration physique de celle pédagogique des TIC. Les publications considérées ensuite éclairent les situations de différents pays d’Afrique.

Pour le Mali, Sissoko-Touré (2006) décrit l’élan des politiques publiques en faveur de l’intégration de TIC. Elle fait référence aux projets menés en ce sens mais discute leur ampleur au regard des besoins de la jeunesse. La question du coût des TIC est mise en avant comme un obstacle majeur.

Mian Bi (2011) décrit les carences des programmes d’intégration des TIC en Côte d’Ivoire : il s’agit principalement de cours d’informatique réservés aux filières d’ingénieur. Pour l’auteur, l’intérêt des politiciens devrait s’affirmer et mener à un programme national d’intégration des TIC.

Dakouré (2012) analyse la situation au Burkina-Faso et resitue les discours actuels des promoteurs des TIC dans la filiation de ceux des années 1960. Il pose un regard critique sur le manque de précision des plans d’intégration des TIC (visant un développement « général » du pays et de ses habitants). Il fait état, suite à l’analyse de données empiriques, des écarts entre les perceptions des possibilités des TIC et les usages réels des populations. L’auteur souligne leurs besoins en termes de formation.

Pour le Maroc, Bezzari (2013) montre des limites à l’intégration des TIC relatives aux pratiques pédagogiques frontales ainsi qu’aux contenus non actualisés au regard des effets des TIC sur les pratiques sociales.

Enfin, deux documents apportent des éclairages préliminaires au sujet des problématiques spécifiquement liées à l’édition numérique. Kulesz (2011) montre que l’offre d’e-books se développe lentement en Afrique. Le papier demeure le support privilégié puisqu’il représente 90 % des publications. Il est fait mention des résultats prometteurs des expérimentations Kindle au Ghana et en Afrique du Sud mais leur coût limite leur diffusion. Un problème important est lié au fait que la production d’e-book par des acteurs locaux de l’édition est trop peu développée et que les offres d’e-book provenant des pays du nord n’offrent pas des contenus renvoyant aux réalités subsahariennes, les barrières linguistiques et/ou les illustrations inadaptées à leurs références constituant des obstacles majeurs. Les éditeurs traditionnels expriment des besoins en termes de formation aux TIC, de développement de partenariats avec des institutions publiques, de réduction du coût des logiciels et de moyens de lutte contre le piratage.

Le guide du partenariat éditorial équitable édité par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants (2013) propose, en clôture de la synthèse de ce corpus d’introduction au thème de l’édition scolaire numérique, des pistes de réflexion afin de réguler les partenariats éditoriaux nord-sud : il décrit différentes formes de partenariats mais aussi un ensemble de règles et de principes visant à préciser les termes de ces partenariats. Il met également en avant l’importance du transfert des technologies et des compétences (du Nord au Sud, mais également entre pays de la même région), en particulier en ce qui concerne l’édition numérique, afin de limiter le risque de dépendance et de favoriser la montée en compétences des partenaires du Sud.

(AB)

1 On a distingué l’Afrique de l’Afrique subsaharienne dans les différents classements soit parce que les documents faisaient référence à la situation du continent de manière générale, soit parce qu’ils étaient relatifs à des pays d’Afrique non-francophone.

2 La catégorie « autres » regroupe des objets de type « partenariat éditorial », « édition numérique », « fracture numérique », « infrastructures pour les TIC », « réseaux enseignants », etc.

3 Document AFD.

4 « le nombre d’internautes est estimé à 3 % sur le continent africain hors pays du Maghreb francophone (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte). Si on tient compte du nombre d’internautes de la région du Maghreb, le pourcentage d’Africains utilisateurs d’internet est estimé à 8 % de la population ».

5 « selon de récentes études d’institutions financières portant sur les pays en développement, chaque fois que le taux de pénétration des mobiles y augmente de 10 %, le PIB progresse de 0,81 % ».

6 Les CNF (Centres Numériques Francophones), les MDS (Maisons Des Savoirs) et les cybercafés municipaux de l’AIMF (Association Internationale des Maires Francophones).

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