Afrique

Tablettes et liseuses : des outils éducatifs pour les pays africains ? (2012)

Du Roy, A. (2012). Tablettes et liseuses : des outils éducatifs pour les pays africains ?
Consulté le 22/12/13, à l’adresse :
http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article187

Cet article d’A. Du Roy présente une synthèse d’une recherche et d’une analyse bibliographique relative à l’introduction d’outils mobiles au sein des pratiques éducatives afin d’éclairer le potentiel de telles initiatives pour le projet IFADEM. Le texte issu du travail de recherche et d’analyse bibliographique peut être reçu en intégralité après en avoir fait la demande à l’auteure.

L’article signale un écart entre l’intérêt vif suscité par ces appareils mobile et le fait que les publications évaluant les expérimentations menées soient rarement systématiques, en France comme en Afrique subsaharienne. L’article est ensuite particulièrement centré sur les principaux résultats des projets Worldreader et ANTSIT menés respectivement au Ghana et en Zambie, entre 2010 et 2011, pour les phases exploratoires.

Les méthodes et les objectifs de ces deux projets diffèrent : le premier est centré sur l’étude de l’utilisation de liseuses pour trois groupes classes dans un dispositif de type expérimental comprenant un groupe témoin et deux groupes test suivis de manière différenciée ; le second est centré sur l’identification des « outils […] les plus adéquats en vue d’enseigner les mathématiques et les sciences dans deux écoles primaires zambiennes », il fonctionne sur les principes des recherches-actions et comprend un accompagnement important des professeurs ainsi que des interventions directes des chercheurs.

Les résultats sont globalement positifs pour les deux projets : le premier met en évidence des progressions scolaires plus importantes des groupes ayant bénéficié de la dotation en liseuses, d’autant plus lorsqu’ils ont bénéficié d’activités complémentaires en dehors des temps de classe ; le second projet a permis de distinguer des intérêts et des limites aux différentes technologies testées, il a aussi permis d’observer les apports des instruments retenus pour le développement de pédagogies actives.

On retient plusieurs observations éclairantes pour la construction de projets similaires. En premier lieu et par rapport au projet Worldreader, le fait que « les livres d’auteurs ghanéens numérisés par Worldreader ont été ceux qui ont remporté le plus de succès » associé au fait que ces ouvrages présentaient un certain nombre de coquilles et d’erreurs, incompatibles avec la visée de développements des compétences en lecture-écriture des élèves. Des améliorations, notamment techniques, sont donc nécessaires sur ce plan. Dans le cadre du projet ANTSIT, les interfaces en langue anglaise ont fait l’objet d’observations critiques au plan pédagogique : l’insécurité linguistique générée pour certains élèves engendrait une limitation de leur participation.

Par ailleurs, dans le cadre des deux projets, les appareils en eux-mêmes n’étaient pas tout à fait adéquats au regard des conditions environnementales, climatiques et pédagogiques cibles : la poussière, la chaleur et la fragilité des machines implémentées ont été à l’origine de dysfonctionnements1. Une difficulté a également été soulignée dans le cadre de Worldreader pour la synchronisation et le téléchargement des livres : au démarrage, seules six liseuses pouvaient être chargées simultanément.

Dans le cadre du projet ANTSIT, l’auteure souligne l’observation selon laquelle les élèves et les professeurs n’ont pas besoin des mêmes instruments : « les tablettes peuvent être une perspective intéressante pour les élèves mais ne leur semblait pas être un outil suffisamment puissant pour les professeurs au moment où ils ont réalisé leur étude ». Au sujet des liseuses, il a été relevé qu’elles avaient un potentiel dans le cadre de la formation continue des professeurs mais l’auteure soulignait que, malgré un accompagnement très resserré des enseignants, un renforcement de leur formation pour développer des pédagogies actives est nécessaire.

L’auteure conclut en mettant en évidence, au-delà des difficultés pédagogiques et techniques, l’intérêt de tels projets pour former les citoyens de demain, particulièrement pour le développement de compétences en termes de créativité. La centration sur les pratiques et modes d’appropriation par des professeurs et des élèves (et non uniquement les uns ou les autres) dans les deux projets analysés rappelle que la technologie n’est pas, en elle-même, porteuse de développements, elle « doit servir et accompagner les objectifs pédagogiques qu’on lui a assignés ».

Synthèse : AB

Apprentissage assisté par mobile – Madagascar (2012)

Apprentissage Mobile, Madagascar. (2012), IFADEM.
Consulté le 17/02/14, à l’adresse :
http://www.ifadem.org/sites/default/files/divers/Focus_Mobile_Madagascar.pdf

Ce document est un rapport produit par les équipes d’IFADEM, la compagnie française de téléphonie Orange et l’Agence Française de Développement (AFD), à propos d’un projet conçu en partenariat par les trois organismes, d’ « apprentissage assisté par mobile » à Madagascar. Le dossier présente les objectifs du projet tirés des résultats des évaluations externes de sa phase expérimentale ; il décrit les usages possibles proposés dans la mise en oeuvre du projet ainsi que le contexte technologique dans lequel ce dernier s’insère.

Les évaluations externes de la phase d’expérimentation du projet ont permis de mettre en avant l’importance de la méthode pédagogique utilisée dans le parcours de formation IFADEM déjà proposé dans le pays, celle de « l’autoformation tutorée ». Les instituteurs suivent un formation à distance grâce à des « kits pédagogiques » et sont suivis par des tuteurs qui leur prodiguent aide et conseils. Cependant, dans certaines régions rurales, telles que la province d’Amoron’i Mania, les rencontres entre tuteurs et instituteurs en formation peuvent être entravées du fait de la distance géographique, ce qui constitue ainsi un risque d’abandon des apprenants ainsi qu’une perte de motivation et d’engagement. L’un des intrants identifiés par les partenaires à la réussite de la formation des instituteurs est l’augmentation des « possibilités d’accompagnement », pour laquelle le téléphone mobile peut présenter une nouvelle modalité.

L’hypothèse sous tendant le projet est que le téléphone mobile peut permettre de mettre en œuvre un encadrement pédagogique tout au long de la formation des enseignants, et que son introduction peut être rapide du fait :

  • de sa préexistence au dispositif de formation : le taux de pénétration des téléphones portables a augmenté de façon exponentielle dans les dernières années, notamment grâce aux investissements nationaux dans les TIC et les mesures fiscales incitatives dirigées vers l’importation du matériel informatique,

  • des usages sociaux dont il fait déjà l’objet.

Ses caractéristiques techniques (facilité d’utilisation et de transport, possibilité de télécharger et d’envoyer des documents) et son faible coût constituent également des facteurs d’adoption par les individus.

Le projet vise ainsi non seulement à renforcer l’encadrement pédagogique à distance en offrant une possibilité de « communication permanente » et en mettant en place une « communauté d’enseignants » et de tuteurs mais il vise également à implémenter un système de transactions financières sécurisées. Parmi les usages prévus des téléphones mobiles dans le cadre du projet se trouvent ainsi :

  • l’exploitation de ressources audio, des supports de formation conçus par des équipes locales, mis sous format numérique et intégrés dans les téléphones ;

  • la mise en place d’un numéro d’appel gratuit, que les enseignants pourraient appeler afin de poser des questions, qui seraient ensuite traitées et déposées sur une plateforme à laquelle les apprenants auraient accès ;

  • la création d’un système d’évaluation non obligatoire par questionnaires à choix multiple envoyé via SMS ;

  • l’élaboration d’un système de transfert de fonds pour le paiement de leurs indemnités aux différents acteurs (instituteurs, animateurs, tuteurs), palliant la faible densité du réseau bancaire dans le pays.

Compte-tenu de la faible électrification du pays, les téléphones mobiles ont été pour beaucoup accompagnés d’un « kit solaire individuel » (constitué d’un panneau solaire et d’un connecteur), afin de pouvoir garantir le rechargement et donc l’utilisation des mobiles distribués. L’utilisation de la technologie Open BTS est également envisagée.

La phase de suivi et de recherche prévoit une analyse des usages réels des téléphones portables, à travers des recherches quantitatives et qualitatives, en vue notamment de dresser une « typologie des usages » et d’adapter l’action sur le terrain.

(JTT)

La téléphonie mobile au Burundi (2013)

Afrique Subsaharienne (Burundi)/ téléphonie mobile/ français/ scientifique

Nijimbere, C., Mbwayiba, C., & Dayishimiye, N. (2013). La téléphonie mobile au Burundi : entre contraintes infrastructurelles et ingéniosité publique.
Consulté le 26/12/13, à l’adresse :
http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article267

Cet article rend compte des développements récents et exponentiels (600 % entre 2000 et 2005) de l’offre et de la demande en téléphonie mobile en Afrique subsaharienne et, particulièrement, au Burundi. Depuis 2008, l’utilisation de mobiles connectés à Internet marque également une croissance importante (via les connexions satellitaires). On y voit tout autant l’expansion d’un marché qu’une alternative prometteuse au regard des déficits infrastructurels du secteur des télécommunications en Afrique.

Le Burundi est l’un des plus petits pays d’Afrique et aussi l’un des plus pauvres pays au monde. L’étude des pratiques et des offres de téléphonie mobile pour ce pays peut donner des indications pour des contextes bénéficiant d’autres infrastructures et équipements, notamment l’accès ou non à la dorsale de fibre optique.

L’article décrit l’histoire du secteur des télécommunications : le marché est ouvert à la concurrence depuis 1997 mais des conflits d’intérêts entre la société nationale de télécommunications (Onatel) et les entreprises privées établies au Burundi ont eu lieu à plusieurs reprises. L’interconnexion des réseaux des opérateurs privés reste limitée par le coût de la connexion internet, parmi les plus chères du monde.

Les auteurs mettent en exergue plusieurs faits éclairant les obstacles aux utilisations de TIC au Burundi : 2 % de la population a accès à l’électricité ; les services d’internet sont accessibles depuis 1996 mais seulement dans les centres urbains électrifiés (soit « moins de 250.000 personnes [utilisateurs d’internet,...] environ 4 % de la population au niveau national »). Face à ces obstacles, des « centres commerciaux artisanaux » se sont développés dans tout le pays, offrant des services payants de recharge en électricité, de réparations en tous genres, etc. Ces centres se sont développés particulièrement du fait de la croissance du nombre d’abonnés à la téléphonie mobile qui a presque doublé entre 2011 et 2012 (1,5 à 2,5 millions) ; des experts estiment qu’en 2012, 50 % de la population sera abonnée. Les opérateurs ont, de ce fait, multiplié l’installation d’antennes dans le pays.

Au plan des offres, les spécificités locales et sociales sont assez bien prises en compte puisque « les bénéfices ne sont pas attendus sur un seul client mais sur le nombre de personnes qui sont en réseau […,] on mise sur des facilités offertes aux réseaux notamment pour le transfert d’unités téléphoniques à des tierces personnes ». La concurrence forte a généré la baisse du prix des portables et des crédits de recharge ; une surenchère de « bonus », incitant à la consommation, a fleuri ; il est d’ailleurs courant que les utilisateurs s’équipent de plusieurs cartes Sim pour bénéficier, chez les uns ou les autres, des divers avantages.

Tous les opérateurs proposent des offres en téléphonie mobile et en connexion de données, ce qui donne lieu à un certain nombre d’espoirs en termes de développements économiques généraux mais aussi pour l’éducation. Des appareils à coûts réduits donnant accès à internet via des formules d’abonnements relativement souples et variées dont le coût diminuerait via l’aménagement d’autres interconnexions de réseaux filaires transformeraient ces appareils en environnements d’apprentissages riches et ouverts. Des perspectives d’utilisations de téléphones portables, notamment dans le cadre de la formation continue des maîtres, sont d’ailleurs concrètement envisagées.

Synthèse : AB

Tablettes au Niger

Journal de Brazzaville. (2013). La tablette VMK utilisée dans l’éducation à Niamey. Presse en ligne.
Consulté le 17/02/14, à l’adresse :
http://www.journaldebrazza.com/article.php?%20aid=3662

Cette note brève de novembre 2013 est issue d’un site de diffusion de faits d’actualité touchant une diversité de domaines tels que la culture, la politique, l’économie, l’éducation ou la santé. Elle rend compte d’une initiative de la compagnie de téléphonie mobile française Orange, en collaboration avec l’entreprise congolaise de fabrication de tablettes numériques VMK (du nom de son directeur général, Vérone Mankou), d’équiper prochainement une centaine d’écolier de Niamey, au Niger.

Ce projet fait ainsi d’Orange le client privilégié de VMK qui cherche, par ailleurs, à développer des produits utilisant l’énergie solaire afin d’adapter son offre existante à d’autres projets de numérique scolaire, notamment en direction des populations rurales et isolées. L’entreprise a reçu le trophée de la meilleure initiative africaine 2011 et son directeur général, le prix FORBES des trente meilleurs entrepreneurs africains de moins de 30 ans. Ce dernier déplore le fait que les ministères de l’enseignement au Congo ne répondent pas à l’offre de doter les écoles du pays de produits VMK. Aucune information concernant le partenariat Orange – VMK, ou les détails du projet de dotation à Niamey n’est donnée dans cet article, qui reprend en la résumant l’annonce du choix de son partenaire par la compagnie de téléphonie française.

Synthèse : JTT

1 Pour Worldreader, des ajustements ont permis de résorber ces dysfonctionnements.

2 réflexions au sujet de « Afrique »

  1. La valeur ajoutée des smartphones ou des tablettes tactiles dans le domaine de l’éducation n’est plus à prouver, surtout dans le contexte africain car les recherches exploratoires déjà réalisées dans certains pays de l’Afrique sur l’intégration de ces artefacts dans l’apprentissage des élevés et dans les pratiques des enseignants , ont permis la mise en perceptive des avantages et quelques défis qui restent à relever pour rendre totalement ces outils profitables pour l’éducation en Afrique.
    Le pays comme le CONGO Brazza, avec l’implantation de la société VMK, ne devrait pas rester en marge de cette mouvance positive. Je pense qu’il faut expérimenter ces artefacts et étudier leurs effets sur les pratiques en milieu scolaire.

  2. La réalité de la téléphonie au Burundi est identique à celle de la RDC, surtout dans la partie Est du pays, frontalière au Burundi et Ruanda. Au Sud-Kivu, c’est depuis 2008, avec l’entrée en jeu des entreprises privées de télécom que la communication devient plus facile et le mobile moins chers, à la portée de tout le monde, meme aux pauvres. Le mobile Itel coute moins de 20$USD sur les marchés et les maisons de télécom vendent parfois à moins de 10$USD. Il arrive de fois que lors de promotion, le mobile soit gratuit car en achetant un mobile de 10$USD on vous accorde des unités de communication de 10$USD.
    Cependant, dans le contexte de l’education, on n’a pas encore saisi l’opportunité dans la recherche. Les bibliothèques se font rare, l’accès à l’internet difficile alors que le mobile offre des opportunités non encore exploitées au maximum faute de type d’appareil mobile ayant de programme de lecture (pdf,word ….). En plus, l’utilisation de téléphone mobile pose d’enorme problème car, a part la communication (appel), d’autres opportunités ne sont pas exploitées, faute de connaissance limitée. L’éducation formelle n’a pas intégré ces connaissance dans la formation primaire et secondaire, d’où on a des analphabète en TIC scolarisée.

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